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15.03.2011

Un élève à son professeur

Grégoire Roos (promo 2010) a composé ce compliment pour la fête organisée en juin pour M. Gallaud :

Cher Monsieur GALLAUD,

Madame la Directrice,

Chers professeurs et anciens professeurs du petit collège de Saint-Jean de Passy,

Chers élèves et anciens élèves,

Chers parents,

Chers amis,

Quarante ans ! Oui, quarante ans ! Quarante années passionnées d’enseignements passionnants.

Alain, dont vous nourrissez, me semble-t-il, une certaine admiration pour la verve assassine, ne déclarait-il pas que la passion est non seulement ce qui meut les hommes mais bien encore « ce qui montre aux irrésolus qu’il est toujours temps de vouloir » ? Quarante ans, quarante classes d’élèves amenés à vouloir, donc, à vouloir sans cesse se découvrir dans l’effort, à vouloir apprendre, sans relâche, sans jamais parvenir à satiété pour conserver le plaisir de découvrir, à vouloir s’émerveiller, s’émerveiller encore et toujours devant les beautés de la langue française que vous affectionnez tant, devant ses subtilités melliflues et ses particularités suaves, devant ses textes illustres et ses auteurs singuliers.

Singulier, vous l’avez été, et vous l’êtes ! Il y a voilà une semaine, alors que je m’apprêtais à vous rendre visite, je croisai l’une de vos collègues m’informant que vous seriez très certainement occupé à une tâche sérieuse, qui ne tolère aucun dérangement, cette tâche sacrée que les plus fidèles élèves auront à coup sûr reconnue, j’entends par là le cirage des pupitres ! Une fois parvenu au deuxième étage du collège, apercevant la lumière filtrée par la porte de l’antichambre du savoir, la 7ème ORANGE, je m’avançai le long du petit couloir. Je m’annonçai alors en frappant à la porte et, après un « Entrez ! » vigoureux et énergique que l’on vous connaît je pénétrai dans la classe, vous trouvant effectivement cirant, ou tout du moins époussetant, soigneusement chaque table en bois, sans oublier naturellement les fameuses rainures, qu’aucun de vos élèves n’aura pu, j’en suis certain, oublier.

C’est toujours avec ce même acharnement, avec ce même attachement au détail, seul garant de la perfection remarquâtes-vous un jour, que vous nous avez éduqués, j’entends là montré la Voie, que vous avez guidé et éclairé chacun d’entre nous, ne vous souciant guère de notre réel niveau ni de nos résultats, mais bien de nos capacités non encore exploitées, de notre intérêt à les découvrir, de nos qualités et de notre volonté de grandir.

Mais il fallut pour cela que chaque élève apprît la "discipline de l’esprit".

Quoi de plus formateur qu’une série de conditionnels ou de subjonctifs que chacun se voyait contraint de réaliser lorsque quelque écart de conduite venait perturber dirons-nous vos leçons d’étymologie ou vos illustres récitations de poésie ou de ‘’reconstitution de texte’’ du vendredi après-midi. Peut-être fut-ce pour que nous pussions nous familiariser avec les singularités de notre langue que d’aucuns jugeront méconnue par beaucoup ?... Ou bien fut-ce tout simplement pour que chacun estimât le prix de l’érudition ?

Mais, chez Monsieur GALLAUD, érudition rime aussi avec frisson, celui des vendredi ou des samedi matin, le frisson tant attendu de la traditionnelle et légendaire lecture, lecture que tout le monde ici se rappelle et dont chacun a profité avec joie. Tous ici pourraient narrer les exploits de Bilbo The Hobbit combattant le dragon Smaug et s’emparant du cœur de la montagne, ou rapporter les récits des voyages de son neveu Frodo cherchant, non sans mal, à accomplir sa mission : détruire l’Anneau.

Explorateur courageux, homme accomplissant sa mission... telles seraient peut-être les appellations les plus justes pour qualifier un homme tel que vous, un cœur généreux dont l’entière carrière fut consacrée aux autres, à une jeunesse en quête d’un guide, d’un éducateur, d’un maître... osons dire d’un père spirituel !

« Traduttore, traditore » comme vous me l’avez, sourire aux lèvres, déclaré naguère. Celui qui traduit est celui qui trahit. Eh bien, loin de vouloir trahir la pensée d’une langue que vous admirez et que vous estimez, celle de Dante et de Leonardo, je vous dirai : « Per ora e per il momento che verrà » ("À ce moment présent, et à celui qui le suit’’). Nous vous aimons aujourd’hui, nous vous aimerons demain !

Un professeur ne survit que dans la mémoire de ses élèves, dit-on. Si tel est le cas, soyez dès lors assuré, bien cher Monsieur GALLAUD, je pense que je peux l’affirmer au nom de tous vos anciens élèves et du fond du cour : votre mémoire sera éternelle, vous demeurerez, en l’esprit de chacun, profondément immortel !

Un seul mot pour vous ce soir : MERCI ! MERCI ! MERCI !

Auteuil, le 25 juin 2010 Grégoire ROOS