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02.02.2012

Réponse à "Mes collègues" publié le 20 Décembre 1952

Lettre d’un ancien élève au Directeur du Figaro Littéraire suite à l’article publié le 20 Décembre 1952.

Paris le 27 Décembre 1952

Monsieur le Directeur,

Je m’étonne qu’un journal de la tenue et de la diffusion du FIGARO LITTERAIRE ait publié, sans se soucier de leur exactitude et de l’atteinte qu’ils pourraient porter à l’honorabilité d’un Collège, les fragments des souvenirs d’un Professeur de Monsieur JOUHANDEAU. C’est comme ancien élève de ce collège que je vous écris. Par un contraste saisissant, j’ai lu " Souvenirs de collègues" au retour d’une série de visites effectuées auprès d’anciens professeurs ou de veuves d’anciens professeurs à l’occasion de Noël. Ces visites sont faites au nom des anciens élèves, à ceux que le collège nous signale comme les plus déshérités, ou que nous connaissons nous mêmes comme tels. Quel dommage que Monsieur JOUHANDEAU ne m’ait pas accompagné. Il aurait certainement eu la loyauté de supprimer ou d’atténuer certains passages sur les "oubliés". Il n’est aucun élève de l’enseignement libre, aucun parent qui ne connaisse la condition difficile et même souvent tragique de nos professeurs. Tous loyalement le déplorent et je puis vous affirmer que l’amélioration de cette situation est le souci majeur des directeurs ou des supérieurs.

Vous êtes trop bien informé, Monsieur, pour qu’il soit utile d’insister sur les causes de cette situation : régime de l’enseignement libre depuis les lois de séparation, absence de subventions, difficulté des parents...

Et pourtant il se trouve des professeurs et des professeurs de talent pour cet enseignement déshérité ! C’est qu’ils considèrent leur professorat non comme un métier, mais comme une vocation. C’est d’ailleurs ce qui fait que leurs anciens élèves ont pour eux non seulement estime, mais reconnaissance car ils savent qu’ils leur donnent leur savoir, mais aussi qu’ils leur sacrifient souvent leur avenir.

Tous les ans nous allons porter à quelques uns de ces anciens maîtres un colis de Noël en témoignage leur disons nous de notre affectueuse gratitude. Ce que nous essayons de leur porter c’est moins quelques gâteries qu’un peu de notre coeur.

Je vous assure que je reviens toujours très ému de ces visites.

Ces vieillards sont heureux de connaître les nouvelles des uns et des autres et de savoir que devient le collège.

L’un d’eux me disait dimanche : " Redites à Monsieur le Supérieur et au conseil d’administration combien je leur suis reconnaissant de la retraite qui m’est versée. Je n’ai jamais versé une cotisation, on ne me devait rien et parmi tous les établissements où je professais, c’est le seul qui fasse quelque chose".

La critique de Monsieur JOUHANDEAU est d’autant plus perfide que non fondée. Il aurait dit que ces retraites étaient insuffisantes, nous aurions tous été d’accord ; le tout est d’avoir les ressources pour les servir.

"Oubliés sitôt remplacés, même les Supérieurs". Monsieur JOUHANDEAU ne vous avait pas habitué à avoir la mémoire courte. En 1949 , il était l’invité au Collège des anciens élèves avec des anciens professeurs, des anciens préfets et même un ancien Supérieur. Tous les ans il en est de même et un ancien professeur s’excusant en Février dernier de ne pouvoir accepter notre invitation, s’étonnait qu’après 20 ans on se souvienne encore de lui. Vous avouerez, Monsieur, que cette critique de Monsieur JOUHANDEAU est bien peu sérieuse. Que dire des rosseries dont il accable certains de ses collègues. Entré dans ce collège en 1910 et n’ayant jamais cessé de le fréquenter comme ancien, vous comprendrez que je n’avais pas besoin des noms pour reconnaître les personnages. Qui n’a pas de travers (y compris Monsieur JOUHANDEAU), mais si nous retrouvons souvent la verve satirique et spirituelle que nous aimions chez lui, je regrette qu’il dépasse souvent le satire pour atteindre le scandale, sans preuve. C’est, Monsieur le Directeur, ce qui me fait protester et regretter cette publication, dans une feuille lue par bien des familles qui confient leurs enfants à ce Collège et chez qui vous apporterez peut-être le doute. Je vous prie de recevoir, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées.

TRAIZET