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12.08.2011

1947

Philippe Samson est un ancien élève de Saint-Jean de Passy (promo 47), dans son livre autobiographique, "La Citadelle retrouvée", il parle avec tendresse et humour de ses années passées à Saint-Jean de Passy, en voici l’extrait :

Extrait de la Citadelle retrouvée

En octobre 1946, j’entrais à Saint-Jean de Passy , encore chez les bons pères, toujours à cours de professeurs valables, ce qui ne me changeait guère de la Malgrange, par contre, en tant que demi-pensionnaire, mes conditions de vie étaient totalement différentes. Après 6 années de bonnes sœurs,d’hospice, de logeuse et de pensionnat, je retrouvais tous les soirs une chambre où je me sentais bien, un cadre où j’étais libre de mes mouvements, et, il faut bien le dire puisque c’est exact, la présence d’une famille où les choses avaient un sens et de la vie. Au premier trimestre de l’année scolaire 46-47, en 1ère C, je fis la connaissance de Francois et d’Yves Clément qui comme moi étaient demi-pensionnaires à St Jean, Francois en 1ère comme moi et Yves en Math-Elem. L’affaire mérite d’être contée. Pour les cours d’anglais, nous étions François et moi côte à côte. J’étais nouveau et notre porfesseur me demanda dès le premier cours de l’année de lire un texte. Je le lis un peu comme une vache espagnole l’aurait fait, cela l’irrita, il crut que je me moquais de lui, s’en prit à moi en anglais car il ne voulait pas que l’on parla en français, ce en quoi il avait fort raison , mais là bien mal lui a pris. Je venais de passer mes grandes vacances de 1946 dans une famille en Angleterre et du tac au tac lui répondis en anglais argumentant que ce n’était guère de ma faute si on ne m’avait pas apris à lire !

Depuis cette réplique j’avais nettement monté d’un cran dans l’estime de la classe, mais descendu quelque peu dans la bienveillance de notre professeur. Mais ce professeur d’anglais ne me lâchait pas d’un pouce, et par voie de ricochet, ne lâchait pas non plus François qui riait sous cape à chacune de mes bêtises plus ou moins feintes. Il avait la sale habitude de nous dicter son cours de grammaire anglaise qu’il fallait apprendre par cœur. Une fois compris et assimilé, ce par cœur ne m’intéressait pas et ne me souciait nullement. Alors on entendait ce professeur après avoir donné les devoirs et les leçons de la semaine , rajouter « and for Samson, lessons three, four, five, six, seven… » ce qui glissait sur moi comme un pet de lapin sur une toile cirée. Pour le pauvre François c’était un peu la même chose avec une liste de leçons heureusement moins longue. Mon heure de gloire ne vient que l’année suivante. J’étais en philo ; hélas François n’était pas passé à la session d’octobre et retrouvait le même professeur qui eut cette phrase mémorable « Et toi, mon petit François, ne te mets pas à jouer ton petit Samson… ».

A Saint-Jean de Passy, il y avait quelques malheureux pensionnaires. L’un d’eux était dans notre classe. Il s’appelait Grouar de Monas. Le pauvre était bien délaissé par sa famille et ses notes vraiment très mauvaises trahissaient son désarroi. Un jour, nous apprîmes que sa mère devait le faire sortir dans une semaine. Avec son carnet de notes, c’était impossible à concevoir ; il fallait agir, qu’il ait un carnet correct. Cours de physique, le professeur, plutôt âgé et endormi l’appelle au tableau. Catastrophe à coup sûr. On lui fait signe de ne pas bouger, je me lève, et passe au tableau à sa place, tournant bien le dos au professeur. Silence complet dans la salle qui attend anxieuse la suite des évènements. « C’est bien, retournez à votre place ». Je descends donc l’allée centrale quand le professeur appelle au tableau « Samson »… gros moment d’hésitation. Alors c’est Pagès qui se lève, va au tableau et joue la même comédie. Comme Pagès était une tête de classe, mon père fut tout heureux et me félicita pour ma note de physique. Mais pour autant, l’affaire de Grouar de Mornas n’était pas terminée. La physique ne pouvait rattraper ni le français, ni le latin, ni les math. Il fallait agir. A trois nous mîmes au point un plan bien simple, substituer le carnet de notes sur lequel figuraient les retenues. On alla donc à la récréation du samedi matin chez le père préfet, grand officier en la matière, pour lui demander quelque chose du genre encyclique du pape. Le temps pour lui de s’émouvoir de notre zèle religieux, de rechercher dans sa bibliothèque et hop le carnet de notes est retiré de la pile des 1ère C … et Grouar put sortir. Le lundi matin, le carnet fut remis avec les autres dans la bousculade qu’il y avait toujours à ce moment là.

J’étais l’année suivante en philo à Saint-Jean de Passy. Notre professeur principal crut un moment , si non que j’étais italien du moins que je le parlais couramment alors que je ne faisais qu’expliquer à un camarade qui avait été absent plusieurs semaines, là où on en était en cosmographie… une discipline plutôt curieuse pour un bac. J’avais ajouté des i, des o à tous les mots, quelque chose du genre : « la luna i li dirivi, las estrelas a dito il maestro », ce qui est du petit nègre. Ce professeur principal qui enseignait donc la philo faisait des cours qui n’en étaients pas. Il avait donné à chacun des exposés à présenter ce qui lui permettait de se reposer plus que nous et de garder toujours bon moral. J’avais eu « Le rouge et le noir » exposé facile en vérité sur les sentiments humains et qui ennuya profondément et la classe et moi-même.

Je conservais toujours un certain esprit frondeur, mais pour une fois je fus défendu hardiment par mon père. Le litige portait sur une messe du dimanche où nous avions été plus que priés de nous rendre. Refaire les trajets aller et retour un dimanche, avoir une messe passablement longue en perspective… je n’y allais pas. Le lundi, convocation chez le Supèrieur. Ma défense était facile : la messe en famille ne peut que plaire à Dieu et mes parents y tiennent beaucoup. En réponse avertissement pour ne pas avoir respecté les consignes du collège. Mon père se rendit à Saint-Jean de Passy, vit le Directeur, exposa la même argumentation. Il ne fut plus question d’avertissement.

Mon camarade Yves Clément qui avait un an d’avance sur moi n’était plus à Saint-Jean. En partant, il me confia un trésor : le trousseau de clefs de tous les passes du collège qui avait été subtilisé un an pus tôt par un de ses copains. C’ était une richesse insoupçonnée. Si j’arrivais en retard je pouvais passer directement par l’escalier des professeurs, et attendre dans les salles de cours : merveilleux. En première, démuni de ce sésame je risquais gros en donnant au pion un nom que j’inventais. Ma sœur Monique à qui je racontais le bon tour que je venais de faire à un pion me dit « Mais tu es fou de donner le nom de Jean Roulot, c’est un acteur de cinéma. Tu as de la chance que ton pion n’y connaisse rien ». Donc maintenant avec le passe, j’étais tranquille. Les élèves du second bac avaient la prérogative de disposer chacun d’une toute petite pièce pour travailler, remplaçant la grande salle d’étude. L’enjeu du bac était trop grand pour que ce soit une occasion de bavardages inutiles. Le préfet des études passait parfois. Soudain il s’arrêta dans ma turne, médusé, les yeux fixés sur le cadenas de mon placard. J’avais laissé pendu mon trousseau de clefs auquel était accroché celui des passes de l’établissement… C’était le trousseau du père préfet. Il chercha à savoir comment je l’avais eu, etc … Je lui répondis avec la plus grande tranquillité que je méritais peut être une punition, mais que dans aucun cas je ne lui dirais de qui je tenais son trousseau. Il le reprit et je ne fus point inquiété. Ce que je ne sais pas c’est combien il avait promis à Saint Antoine ! La Citadelle retrouvée

Quatrième tome

Philippe SAMSON

Géologue - Ingénieur conseil chez Total Cie minière

Bretoire - 03350 Cérilly - Allier